Fashion Movies

N’as-tu jamais remarqué que les films qui traitent de la mode sont généralement “Bof…” ou “Ouais pas mal, mais pas génial”?

En matière de mode, j’ai répertorié trois types de film :

  • les teen movies (Il en faut hein ! J’en ai regardé pas mal quand j’étais gamine !),
  • les films ratés (malgré une idée de départ sympa),
  • et les films qui valent la peine d’être vus. Malheureusement cette dernière catégorie est nettement moins fournie.

A l’ère du “revival”, où on sort à tort et à travers des biopics de tout le monde et (pas) n’importe qui… Le monde de la mode n’y a pas échappé. On a même sorti la même années, deux biopic sur Saint Laurent dis donc ! Je t’en ai parlé un peu dans mon dernier bilan, le biopic est toujours tentant parce qu’il parle généralement d’une personne qu’on aime bien (ou qui a un véritable intérêt). Alors je ne sais pas pourquoi, mais à la fin du film, mon avis va systématiquement de “très moyen” (un bon téléfilm quoi !) à “raté”.

Ma mauvaise langue te dirait : “c’est parce que les boites de productions se précipitent sur les dernières tendances qui vont bien… Saint Laurent est mort en 2008, les deux films sont sortis en 2014… Bah oui, après le délai raisonnable de deuil, le temps d’avoir l’idée, de se mettre d’accord avec Pierre Bergé… trouver le bon casting, le financement blablabla… et hop… c’est parti ! Sauf que 2 personnes ont eu envie au même moment de faire un film sur Saint Laurent ! (il y a La Guerre des boutons aussi qui a rencontré ce même “phénomène”…).

Bref… je n’ai pas vu tous les films qui parlent de mode, mais aujourd’hui, le seul qui reste pour moi de qualité est “Coco avant Chanel” avec Audrey Tautou, Benoît Poelvoorde et Marie Gillain. Ce n’est pas un film qui retrace chronologiquement la vie de Chanel de son enfance à sa mort, ni une tentative de faire quelque chose d’original avec des retours dans le temps à différents niveaux pour que le spectateur s’égare.

On comprends comment Gabrielle Chanel va révolutionner le monde de la mode et du vêtement grâce à son tempérament très indépendant et sa volonté d’émanciper la femme. Audrey Tautou et Benoît Poelvoorde sont extra et justes dans leur rôle… (je te le conseille donc !)

Quant à Anna Mouglalis (Coco Chanel et Igor Stravinsky) et Barbara Bobulova (Coco Chanel), elles me donnent l’impression d’accentuer un peu les traits de caractères de la créatrice et malheureusement, je n’arrive pas à “y croire”.

Il est donc très difficile de réaliser ce type de biopic. Les résultats sont généralement à la hauteur d’un téléfilm sympathique, mais permettent malgré tout d’apprendre des choses.

Le Diable s’habille en Prada, adaptation du best seller, n’a d’intérêt que la fabuleuse Meryl Streep (et un peu Anne Hathaway) qui prend, fort heureusement, toute la place dans le film.

En revanche, il existe d’excellents documentaires sur la mode (heureusement parce qu’on aurait vraiment pas grand à se mettre sous la dent).

En 2009 (je crois), j’ai découvert Loïc Prigent…et tout a basculer.

Prigent, c’est un regard moderne et créatif. C’est un passionné de mode qui connaît la mode ! Il l’a connaît tellement bien qu’il s’en moque avec une grande intelligence et une bienveillance souvent pimentée. J’aurai aimé te parler de chacune de ses réalisations, mais je sais que tu n’as pas que ça à faire aujourd’hui.

Le jour d’avant”, c’est (si je ne me trompe pas) 12 épisodes, 12 créateurs : 12 jours d’avant… Loïc Prigent c’est un peu le roi du calendrier de l’avant ! (Non ! Reste s’il te plait… c’était pour rire ! C’était pas très drôle je sais… mais reste encore un peu, je vais me rattrapper promis…).

Très clairement, ne t’attend pas à voir un lookbook comme il en fleuris des milliers sur youtube… ni des conseils mode, pour cela je te propose de t’acheter le dernier Grazia ou de regarder les Reines du shopping avec Cristina Cordula.

Loïc nous fait pénétrer dans les ateliers des grandes maisons de couture, où la remise en question peut être totale, même 1 heure avant le show. Chefs d’orchestre qui ne touchent parfois pas même une aiguille, ils nous ouvrent les portes de leurs ateliers, et nous font rencontrer leurs petits magiciens qui œuvrent dans l’ombre, et à qui ils doivent tout. En effet, comme le dit Karl Lagerfeld, “je n’ai que des idées”, je ne sais rien faire d’autres !”.

Loïc Prigent nous offre un spectacle passionnant bien loin de la superficialité que beaucoup peuvent (trop facilement) reprocher à l’univers de la mode.

En parlant de Karl Lagerfeld, il y a eu pas mal de documents réalisés à son sujet :

  • Lagerfeld Confidentiel (de Rodolphe Marconi), un formidable film documentaire qui te fait rencontrer l’homme, le créateur, l’enfant gâté et le génie. Il n’est quasiment jamais question de mode, et finalement…on s’en tape de la mode !
  • Karl Lagerfeld, un roi seul (de la très belle série “Empreinte”), encore une fois, une rencontre de l’homme et son intimité
  • Karl Lagerfeld se dessine (Loïc Prigent encore), un concept génial où le créateur redessine à la demande de Loïc tous les moments forts de sa vie ainsi que ses rencontres.
  • Duel Saint-Laurent / Lagerfeld
  • Le divan de Marc Olivier Fogiel avec Karl Lagerfeld, interview magnifique où il est encore possible de découvrir des choses sur le Kaiser (comme on dit !). On sort du film documentaire, mais c’est vraiment une émission qui mérite d’être vue si l’occasion se présente.

Le testament d’Alexander McQueen m’a vraiment fait comprendre toute la dimension sociologique que pouvait avoir la mode. Au travers de 3 collections que Prigent qualifie de testamentaires, on tente de comprendre toute la complexité et le “cri de souffrance” de McQueen qui était finalement un artiste torturé, bien plus qu’un créateur de tendance.

La Ligne Balmain, toujours de Prigent, est construit dans la même logique que les jours d’avant : immersion dans les coulisses de la préparation d’un défilé, avec un axe plus développé sur l’héritage Balmain et comment Olivier Rousteing se l’approprie.

Enfin, dans un registre différent, je te conseille “The September Issue” (de R.J Cutler), où l’on découvre que le job d’Anna Wintour (rédactrice en chef de Vogue US) n’est clairement pas de poser ses fesses au premier rang des défilés et d’adopter des attitudes méprisantes sous son carré impeccable et ses lunettes de soleil. Dans un paysage différent des ateliers de couture, on pénètre dans les couloirs de Vogue US et on comprend à quel point le rôle (encore une fois sociologique, mais économique et parfois même politique) du magazine a son importance dans le monde.

Tu y verras des personnages fantasques comme André Leon Taley, les Directrices artistiques d’Anna W, Grace Coddington pour ne citer qu’elle, et toutes les figures emblématiques de la “fashion sphère” : photographes, créateurs, mannequins, qui obéissent au doigt et à l’œil de la grande prêtresse internationale de la mode.

Finalement, la mode ce n’est pas porter du 34, des talons hauts et suivre les conseils mode que tu trouves dans Elle, Grazia ou Vogue. D’ailleurs comme dirait Lagerfeld, “la tendance, c’est l’étape qui précède le ringard”. Tout l’intérêt de la mode, avant même d’éventuellement la porter, c’est d’en comprendre l’univers et les intentions des artistes, et observer les répercutions sur la société.

 

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